02/02/2008
des patients et des hommes (carnaval 1)
(premier épisode du carnaval des blogs médicaux, sur le thème "relation soignants-soignés")
La relation soignant soignés possède quelques particularités dans mon milieu d'exercice. En effet, je vie une bonne partie du temps avec mes patients, je travaille avec eux, je mange avec eux, et je suis amené à partir en manoeuvre et en opération extérieure avec eux. Dans ces dernères situations je serai alors leur recours obligé, n'ayant pas d'autres ressources médicale à leur disposition (je parle au futur pour les opérations extérieures, n'étant pas amené à en faire avant la fin de mes études).
Cette première notion, celle de recours obligé, change bien des choses. En effet, si mes patients n'ont pas confiance en moi, ils vont trainer les pieds avant de venir me voir, et cela peut conduire à des catastrophe. De mon côté, cette situation amène un surcroit de pression, étant dans l'obligation de résultat.
L'autre notion influant fortement les rapports entre mes patients et moi est que je suis aussi leur médecin du travail. Un médecin militaire possède aux yeux du militaire le pouvoir exhorbitant de leur retirer ses aptitudes diverses et variées, voire de le réformer. Cela pèse dans la relation, chaque consultation pouvant aboutir à une décision médico militaire marquant un tournant dans l'avenir professionnel du consultant. Là encore la pression est forte pour le praticien, personne ne souhaitant mettre fin à une carrière ou à des ambitions professionnelles.
Un médecin militaire, dans sa pratique quotidienne, doit donc gagner la confiance de ses patients potentiels. Je parle de patients potentiels car lors d'une visite annuelle, le consultant n'est pas malade (ou du moins il ne vient pas pour se faire soigner), il vient pour obtenir son certificat d'aptitude annuel. Et obtenir la confiance de quelqu'un qui ne vient que parce qu'il y est contraint n'est pas chose aisée.
La confiance va s'établir par des voies extrèmement variées. Et, autre particularité, la relation médecin patient ne se fera pas forcément lors d'une consultation. Lors d'un repas de service, lors d'activités cohésion, lors de manoeuvres, au cours d'une activité sportive, ... Nous sommes très souvent amenés à nous croiser de façon informelle. Mais chacun garde à l'esprit la place que chacun occupera lors de leur prochaine rencontre. Le travail du médecin sera alors un travail de sape, pour faire tomber petit à petit les défense de ce satané homme qui refus de devenir un patient. Et la victoire est en vue quand il nous glisse au hasard d'une rencontre au foyer "tenez docteur il faudrait que je passe vous voir un de ces jours pour mon pied. - Un de ces jours? On dit demain matin alors, je vous attends pour 10 heures". Rencontre qui du reste ne doit rien au hasard, tant il est vrai que nous provoquons le maximum de rencontres possibles afin de glaner des informations ô combien utiles que nous n'aurions pas pu avoir dans notre bureau. On nous voit ainsi lors de toutes les activités, sous couvert de cohésion, en réalité en traque permanente du patient qui s'ignore.
C'est là une autre particularité de ce milieu d'exercice, la relation médecin/pas-encore-patient, ou médecin/patient-qui-ne-sait-pas-qu'il-l'est.
Mais chut, ne le dites pas!
20:03 Publié dans la médecine | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note



Commentaires
c est super interessant, je voyais pas du tout les choses comme ca, j imaginais pas du tout le boulot de medecin militaire sous cet angle. je sais pas pourquoi.. en tout cas il doit falloir des tresors de communication pour gerer certaines de ces situations!
mais l absence du probleme des sous dans cette relation doit faciliter les choses quand on veut pouvoir dire a un patient "revenez demain", pour le depistage, pour le suivi, ca doit etre chouette.. parce qu ils ne paient pas n est ce pas? un medecin traitant a du mal a faire ca..
mais vous, qui vous soigne??
Ecrit par : igor | 03/02/2008
C'est clair que l'absence de relation "commerciale" est extrèmement agréable. Nous n'avons pas de clientèle, uniquement des patients. Et au passage du coup un patient insultant ou agressif va se retrouver très vite dehors, ce que ne peuvent pas faire si facilement mes confrères civils!!
Qui nous soigne? La visite systématique annuelle est faite par les autres médecins du régiment, sauf pour le médecin chef pour qui elle est faite dans un hôpital militaire (un médecin hospitalier, généralement l'interniste, s'occupe des VSA des "VIP": généraux, chefs de corps, médecin chefs).
Ecrit par : seb | 03/02/2008
Ecrire un commentaire